Robotique, Informatique, Armement

La Technologie dans Buffy est-elle proche de la réalité ?

Quand Buffy contre les vampires s’éloigne de son genre fantastique pour se rapprocher de la Science-Fiction (en clair quand elle quitte la magie pour la science), il y a souvent beaucoup à redire ! Il y a de nombreux domaines dans lesquels la série aurait mérité d’avoir des consultants pour apporter de la crédibilité et du réalisme (sur les protocoles militaires, dans le domaine scientifique ou médical…), mais dans le domaine de la technologie, si la série paraît être à l’avant-garde en 1997, elle est en vérité souvent abracadabrantesque !

Dans ce dossier à charge, et parce qu’il faut savoir être critique, même quand on est fans, nous allons soulever ce qui empêche Buffy d’être prise au sérieux quand il s’agit de Technologie !

Partie 1 : La Robotique

Jusqu’à présent, les robots, ou androïdes, relèvent principalement du domaine de la science-fiction, même s’ils ont existé antérieurement à l’édification du genre. Grecs, Romains, Babyloniens, Egyptiens, Chinois : tous ont rêvé d’une machine ayant l’apparence et le comportement d’un être humain, bien avant qu’on commence à parler de robots ou d’androïdes. Depuis l’antiquité, l’Homme a toujours rêvé d’atteindre l’immortalité en créant des réceptacles pour sa psyché. Mais dans de nombreux cas au cinéma et à la télévision, les robots peuvent faire peur et échapper au contrôle de leurs créateurs. Buffy contre les vampires ne s’est pas gênée pour ajouter les robots à sa propre galerie des horreurs.

Si vous aviez assassiné vos quatre premières femmes, vous ne les cacheriez pas dans un placard ! Tôt ou tard, les familles de ces victimes auraient avertit les autorités dont les enquêtes auraient rapidement fini par remonter jusqu’à Ted Buchannan et conduire chez lui. Le robot Ted était pourtant un être très intelligent, rusé et précautionneux !

Le Buffybot prononce « Giles » avec un g dur (comme dans « guy-els »). Joss Whedon et Marti Noxon ont dit à plusieurs reprises qu’ils se fâchaient avec les soi-disant fans de la série quand ils prononcent « Giles » de cette façon.

Dans Buffy contre les vampires, on compte 5 robots :

Moloch, un grossier assemblage robotique conçu en un temps record par une firme de la technologie de pointe, dans lequel la conscience d’un démon Païen a été transféré pour lui servir de receptacle – (épisode « 1×08 Moloch »).

Ted, la copie conforme du véritable Ted Bucchanan conçu dans les années 50, et désormais incontrôlable depuis la mort de son créateur – (épisode « 2×11 Le fiancé »).

April, une sorte de sex-machine conçu par un ingénieur, Warren Mears, comme une intelligence artificielle capable de mimétiser les compmortements humains – (épisode « 5×15 Chagrin d’amour »).

Buffybot, le double robotique de Buffy conçu par Warren à la demande de Spike pour être son jouet sexuel, et qui servira à donner le change face à Gloria ou durant la « mort » de Buffy – (épisodes « 5×18 La quête », « 5×22 L’apocalypse », « 6×01 Chaos, partie 1 », « 6×02 Chaos, partie 2 »).

Warrenbot, le double robotique de Warren, censé leurrer Dark Willow (épisode « 6×20 Les foudres de la vengeance »).

Il est parfaitement improbable que ces robots aient pu être utilisables et aussi performants, étant donné l’époque et le temps record avec lequel ils ont été conçu. Entre le jour où Moloch prend le contrôle d’Internet, et le jour où le CRD (Centre de Recherches et Développement – jadis premier employeur à Sunnydale) lui développe une interface robotique, il se passe 1 jour ! Entre la commande de Spike faite à Warren à la fin de l’épisode « 5×15 Chagrin d’amour », et le moment où le clone robotique de Buffy entre en fonction dans « 5×18 La quête », il se passe trois semaine, peut-être un peu plus ! Entre le moment où Warren fuit Sunnydale au début de « 6×20 Les foudres de la vengeance » et le moment où son robot donne le change au milieu du même épisode, il ne se passe que quelques heures (et on ne voit jamais Warren développer un robot de lui ! Etait-il déjà prêt depuis longtemps sans jamais avoir été mis en service ?)

Moloch a été conçu en 1997, époque où la robotique humanoïde n’en était qu’à ses balbutiements (quoique que le niveau rudimentaire du robot reste assez crédible). April, Buffybot et Warrenbot étaient tellement à l’avant-garde qu’on se demande comment (et avec quels moyens techniques et financiers ?) Warren n’a pas été repéré à son université pour signer un gros contrat avec la Sillicon Valley. Enfin, Ted ayant été vraissemblablement conçu dans les années 50, où aussitôt après, à une époque où les premiers grille-pains étaient à la pointe de la technologie (on exagère c’est vrai !), on ne comprend pas bien comment de telles prouesses techniques, de tels bijoux de technologie – pas encore atteint dans les années 2020 en dépit des progrès fulgurants dans le domaine – ont pu aboutir.

Par ailleurs, il faut ajouter que Ted Bucchanan (qui travaillait apparement dans l’informatique et se passionnait pour la technologie si l’ont en croit ce qu’on voit dans le vieux magasin qui sert d’accès à son appartement) a travaillé seul sur son robot, de même que Warren, aussi grand génie soit-il, semble concevoir seul son robot et le logiciel intelligent qui va avec (en plus d’une pléthore d’autres gadgets), là où un travail aussi colossal nécessiterait une équipe, un laboratoire, et, encore une fois, des financements. Moloch a beau avoir été conçu, quand à lui, dans les labos du vieux CRD, on ne compte que trois personnes et quelques gardiens pour faire tourner les locaux qui serviront à mettre sur pied le robot Moloch !

Alors certes, une fois qu’on a vu des vampires, des sorcières, des portails dimensionnels, des déesses, des hyènes humaines er des filles invisibles, on n’est plus vraiment interloqué de voir des androïdes qui marchent et qui parlent en se faisant passer pour des humains ! Mais un peu de réalisme sur ces sujets d’avant-garde aurait apporté de la crédibilité. On aurait aimé voir Warren dans les labos du M.I.T., où des robots avec un aspect plus artificiel pour être pleinement convaincus !

Mais passons l’infaisablilité technique, et admettons que ces robots avant-gardistes aient pu être conçu à leur époque, dans des délais aussi brefs, et avec des équipes réduites ! Il n’en demeure pas moins vrai que -Moloch mis à part (et encore !) – l’aspect physique des androïdes est impossible à obtenir, encore en 2020. Comment à partir de photos, de vêtements, de dessins et d’une perruque, Warren Mears a-t-il pu réaliser un parfait sosie de Buffy Summers ? Avec quel moyen obtient-on une peau humaine qui n’ait pas l’aspect plastique auquel on devrait s’attendre ? Et comment fait Ted pour boire et manger comme on le voit faire dans « 2×11 Le fiancé » sans rouiller ou courcircuiter ? Un coup de poêle le fait disjoncter mais, pas un verre d’eau ou un verre de vin ? Ted va t-il aux toilettes ?

Encore plus dérengeant (mais quitte à mettre les pieds dans le plat, sautons à pieds joints !) : Comment April et Buffybot, conçues pour être des sex-machines, accueillent-elles la semance de Warren ou de Spike ? Doivent-elle nettoyer leur intimité après chaque rapport ? Sont-elles parfaitement étanches pour aller sous la douche ? Et tant qu’on y est, juste parce que notre rédaction est curieuse, si Joyce et Ted prévoyaient de se fiancer, ont-ils consommé leur amour ? Ted est-il capable de simuler une éjaculation ?

Les robots conçus par Warren sont particulièrement innovants, capables de modifier leur trajectoire tout en marchant, contrairement aux robots d’anciennes générations (années 90) contraints d’interrompre leur marche avant d’opérer une rotation sur place. Ses robots sont capable de détecter les mouvements et trajectoires des objets, de reconnaître des visages, comprendre la parole humaine, analyser leur environnement, garder leur équilibre sur des surfaces mouvantes, sauter à cloche-pied, courir, etc. Comment Warren peut-il développer un programme intelligent, un algorythme, qui maîtrise aussi bien les informations sur l’entourge de Buffy, avec un tel niveau de répartie ? Comment peut-il faire de son robot une experte en arts-martiaux ? Giles et les Observateurs vont-ils se faire remplacer par l’Intelligence Artificeille ? Il a fallu attendre 2023 pour que Chat GPT, avec son niveau très standard et très synthétique révolutionne tout l’Occident. Nous n’en sommes qu’au début de l’évoltuion de l’Intelligence Artificielle et mesurons à peine son potentiel. Mais Warren, lui, avait tout maîtrisé 20 ans nos meilleurs ingénieurs.

Même nous, télespectateurs, sommes dupés et bluffés comme les membres de la bande à Buffy quand nous découvrons que la Buffy envoyée pour affronter Gloria dans « 5×22 L’apocalypse » est sa copie robotique. Il faut attendre que Gloria prenne le dessus pour avoir un bref effet plus artifiel, et d’un seul coup plus réaliste. Quelques minutes avant, le robot-buffy semblait montrer de véritables émotions non simulées (colère, sarcasme, incrédulité…), si bien qu’elle semble bien différente du robot qu’on a appris à connaître dans « 5×18 La quête », et qu’on retrouve dans « 6×01 Chaos, partie 1 ». Vous nous direz que Willow a dû lui apporter de soigneuses modifications (encore une fois en un temps record, sans jamais vraiment avoir travaillé dessus !). Mais pourquoi retrouve-t-elle dans ce cas toute son ignorence si déclaée dans la saison 6 ?

Pour Mikelangelo Marinaro, du site Critically Touched le fait que les amis de Buffy soient trompés aussi aisément par le Buffy-robot est un défaut trop important.

La saison 6 semble opérer un léger recentrage en terme de crédibilité, dû sans doute à un budget effets spéciaux en hausse ! On y voit une Buffybot fragile, cassable, détachable, avec une baterie de recharge qu’il faut brancher le soir pour que le robot reste opérationnel la journée. Elle parle d’une façon étrange, répond à côté de la plaque, et doit apprendre de Giles à placer sa respiration pendant le combat pour avoir l’air crédible. Parfois elle bug, et Willow doit intervenir avec son PC portable pour bidouiller on ne sait quoi tel un dépanneur informatique réparant votre tour d’ordinateur. Une fois détruite en morceaux, on peut avoir un visuel très réussi de la technologie qui lui sert d’organe. D’un seul coup, les scénaristes ont décidé de faire de leur robot une machine plus réaliste. Ces aspects sauvent la face et rivalisent déjà plus facilement avec des androïdes que l’on peut aujourd’hui voir dans des séries plus modernes (Black Mirror, saison 6 – épisode 3 par exemple)

On peut critiquer l’approche de la science et l’aspect physqiue des robots de Buffy contre les vampires, mais on doit maintenant être raisonnable dans nos reproches et admettre que notre série est avant tout un divertissement fantastique, horrifique, et que le réalisme n’est pas la priorité d’une série du genre. Buffy assume peut-être son approche du domaine robotique, on nous avait pourtant dit que Whedon souhaitait que sa série soit la plus crédible possible sur tous ses thèmes. Au moins Whedon et ses scénaristes n’ont pas eu peur de s’emparer de thèmes en avance sur leur temps.

Un petit mot sur Adam que certains qualifient de robot. Adam n’est pas un robot mais une créature bien différente, sorte de cyborg en partie organique, non dénuée d’intérêt pour autant. Nous en parlerons plus en avant dans ce dossier. 

Partie 2 : L’Informatique

Dans son ouvrage sur la représentation des roms dans la fiction, Nikolina Dobreva critique la série pour entretenir les stéréotypes sur les roms en les associant aux malédictions, aux mystères et en présentant leur façon étrangère de s’habiller et de parler mais elle fait l’éloge du personnage de Jenny Calendar, écrivant que malgré l’inversion de certains stéréotypes, c’est probablement l’une des représentations les plus positives et multidimensionnelles d’une femme gitane depuis les vingt dernières années. Dans un contraste aigu avec les autres représentations de gitans, elle est familière avec la technologie et, au lieu de recourir à des incantations et d’obscurs rituels, elle met au point un algorithme informatique qui peut rendre possible la restauration de l’âme d’Angel.

Dans toutes les séries d’avant-garde, il y a un geek. Ce personnage qui n’utilise pas de souris, et qui, avec simplement les raccourcis claviers, est capable de pirater les sites du gouvernement, décrypter des fichiers top-secrets, concevoir un programme informatique en quelques minutes, déjouer les systèmes de sécurité les plus performants etc… Ce personnage, c’est Willow Rosenberg, ce que l’on peut découvrir dès l’épisode « 1×02 Bienvenue à Sunnydale, partie 2 », lorsque Willow parvient à pirater le réseau du cadastre pour localiser le lieu où se cache le Maître et retrouver Jesse. Mais avant que Willow ne fasse preuve de tout son talent, elle était encore dans l’ombre de Jenny Calendar, prof d’informatique ultra moderne capable de jeter un sort sur le Web, de récolter des informations sur le dark-web avec ce qui semble être un forum réservé aux techno-païens, et d’inventer Google Trad avant Google Trad ! Willow a donc eu une bonne formatrice.

Et Jenny inventa Google Trad !

Si le premier logiciel de traduction, SYSTRAN, fut créé en 1968 à partir de travaux de recherche menés à l’Université de Georgetown (Washington DC), c’est à priori à Jenny que l’on doit l’invention de l’interface de traduction en ligne la plus innovente, capable de traduire presque instantanément en anglais, et à partir d’un simple échantillonage, une langue morte (Roumain ancien) dans un alphabet disparu ! Google Trad, avec son lancement en 2006 fait figure de pâle copie !

 

Dans son ensemble, la série a de grosses lacunes dans le domaine de l’informatique. L’un des premiers épisodes à s’emparer d’un thème ô combien visionnaire et en avance sur son temps est l’inénarable « 1×08 Moloch », qui résiste mal à l’épreuve du temps avec ses vieux ordinateurs et ses incalculables incohérences en informatiques. « 1×08 Moloch » nous parle des dérives d’Internet bien avant les réseaux sociaux (à l’époque des chat et des forums), du niveau de contrôle qu’offrait Internet à l’époque, des prédateurs en ligne dissimulés, et des sommes colossales d’informations véhiculées chaque jour sur la toile, à la merci de n’importe qui. En dépit d’un thème génial, les fans et les critiques (et les geeks !) ne voient désormais plus que les défauts et les gaffes de cet épisode, si bien qu’on se dit aujourd’hui que les scénaristes auraient dû faire appel à des consultants.

Petit florilège des incohérences informatiques de l’épisode « 1×08 Moloch »

Dans la séquence du pré-générique, quand Willow se retrouve seule à terminer un travail d’informatique bidon (qui consiste à scanner – avec un scanner portatif obsolète s’il vous plaît ! – n’importe quel premier livre qui lui tombe sur la main), elle n’a pas fini de scanner la page du vieux grimoire que le texte s’affiche déjà intégralement à l’écran. Par ailleurs, à la façon dont Willow tient son scanner portable, au dessus de la page, sans la couvrir intégralement, l’image ne devrait pas apparaître aussi nettement. Aussi, si on prête bien attention au texte, on voit que l’écran affiche plus de texte que ce que le scanner n’en a scanné !

Plus tard dans l’épisode, Moloch surveille et écoute Buffy à travers une webcam (matériel typique des années 90 – on en a tous eu une comme ça). Cette séquence montre que Moloch était un précurseur en piratage puisqu’il est capable de détourner et de contrôler le matériel. Jusque là, rien d’incohérent, c’est même plutôt bien trouvé, et l’idée met en garde les télespectateurs du danger de la webcam espionne, monnaie courante de nos jours. Le film Snowden, qui relate l’affaire Edward Snowden, ancien employé de la Central Intelligence Agency et de la National Security Agency, a révélé l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques avec cette méthode classique. Mais la crédibilité scénaristique s’effondre quand Moloch fouine dans les fichiers scolaires et que l’on peut voir dans le bureau du Principal les fichiers des élèves qui déroulent sur l’ordinateur. Ceux-ci ne devraient pas s’afficher à l’écran, aucun programme de piratage ne permettait à l’époque (1997) d’afficher ainsi les fenêtres ouvertes, du moins aucun logiciel officiel sur le marché. Aujourd’hui, il y a bien des logiciel de dépannage qui permettent à un poste extérieur de prendre le contrôle d’un autre. Ajoutons que ce sont les cinq ou six même fichiers qui tournent en boucle.

L’une des plus grosses bourdes de toute la série intervient justement à ce moment-là, histoire d’enfoncer le clou, puisque le dossier de Buffy sur l’ordinateur indique qu’elle serait née le 24 octobre 1980 (10/24/1980) et qu’elle serait sophomore (étudiante de seconde année), mais sur l’ordinateur de Fritz, étudiant à la solde de Moloch qui réceptionne le fichier, le dossier de Buffy indique qu’elle est née le 6 Mai 1979 (05/06/1979) et qu’elle serait senior (étudiante de Terminale).

Sur l’écran de l’ordinateur de Fritz justement, il y a un fichier du staff qui traine sur le bureau, qui est intitulé « Buffy…. I robot » (le titre VO de l’épisode). Plus loin encore dans l’épisode, il est étrange que Willow parle à haute voix toute seule devant son ordinateur quand elle tape sur son clavier et communique sur le chat en ligne. Personne ne fait ça, ou bien peut-être seule chez soi. La façon dont Willow prononce à haute voix ce qu’elle tape n’est absolument pas naturel, tout comme la voix synthétisée du fameux Malcolm avec qui elle chat.

Pendant tout l’épisode, Moloch communique avec un ordinateur éteint, un peu comme quand votre ordinateur fait sa mise à jour et affiche des caractères inintelligibles à l’écran. Et quand Willow rentre chez elle et va dans sa chambre, elle éteint son ordinateur pour ne plus être harcelée. Pourtant, afin de donner un effet « trhiller », l’ordinateur lui renvoie un courrier ! Comment l’ordinateur personnel de Willow peut-il lui signaler qu’elle a du courrier si son modem est éteint ?

Un témoignage de son époque

En fait, avec « 1×08 Moloch », Joss Whedon a voulu être à lavant-garde avec un budget limité et des méconnaissances dans le domaine informatique. Pourtant beaucoup de choses impossibles techniquement et technologiquement à l’époque seraient tout-à-fait réalistes aujourd’hui.

 

La salle informatique est quant à elle représentative des salles d’informatiques de lycées des années 90, en Amérique comme en France, avant l’avènement des PC portables distribués individuellement. On y trouve des postes séparés comme dans les open-space des bureaux des grandes entreprises, avec du matériel qui est désormais devenu un témoignage des débuts de l’Informatique à l’école.

Dans son ouvrage sur la représentation des roms dans la fiction, Nikolina Dobreva critique la série pour entretenir les stéréotypes sur les roms en les associant aux malédictions, aux mystères et en présentant leur façon étrangère de s’habiller et de parler mais elle fait l’éloge du personnage de Jenny Calendar, écrivant que malgré l’inversion de certains stéréotypes, c’est probablement l’une des représentations les plus positives et multidimensionnelles d’une femme gitane depuis les vingt dernières années.

Le matériel informatique évolue dans les saisons ultérieures. On le voit dans les PC portables que Willow utilise, l’ordinateur sur le bureau de conseillère de Buffy ou celui de Wood, celui utilisé par Cassie Newton en saison 7, où encore bien sûr, dans le matériel informatique de pointe du trio, et dans leur camionnette qu’ils utilisent dans leurs missions d’espionnage. Même le scanner de Willow dans « 5×01 Buffy contre Dracula » est moderne contrairement à ce matériel rustique utilisé dans « 1×08 Moloch ». Toutefois, ce matériel flambant neuf, cette technologie 2.0 n’empêche pas des séquences surréalistes, comme lorsque le scooby-gang a réussi à couper l’électricité dans toute la ville…

Le Scooby-Gang à accès aux réseaux électriques  !

Dans l’épisode « 4×19 Un amour de pleine lune », Buffy, Willow, Alex et Spike doivent aller porter secours à Riley et Oz dans les locaux de l’Initiative, mais pour s’y infiltrer, ils doivent couper les réseaux électriques de la ville ! Comme Willow, l’experte en la matière doit se rendre sur le terrain, elle laisse des notes à Giles et Anya, deux des membres les moins doués en informatique de la bande, et c’est à ce duo de choc que revient la mission de faire sauter le courant. On ne comprend pas bien ce qu’ils font, ni comment ils s’y prennent, mais ils y parviennent sans contraintes. La tâche semble manifestement être à la portée de tout le monde. Et devinez quoi… l’Initiative n’a même pas prévu de générateurs de secours pour bloquer les issues verrouillées électriquement. Quel dommage de dépenser autant de moyen dans des technologies de pointe pour que tout s’effondre tel un château de cartes quand il y a une coupure de courant.

Le Scooby-Gang à accès aux bases de données de la police !

A plusieurs reprises dans la série, et notamment dans l’épisode « 7×08 Ça a commencé », on voit Willow ou les membres du trio consulter illégalement les fichiers de la police dans lesquels ils se sont introduits on ne sait trop comment. Willow avait déjà piraté les réseaux du cadastre, les fichiers de la mairie (et contourné les protections du Maire !). Elle était parvenue à décrypter les fichiers du gouvernement aux mains de l’Initiative, ou encore avait réussi à pirater les fichiers médicaux de l’infirmerie du lycée, puis plus tard ceux de l’institut médico-légal. Rien ne résiste à Willow, ni même au trio, qui avec un clavier semble capable de s’introduire partout. Cette pratique du piratage facile est monnaie courante dans les séries d’action américaines, si bien qu’elle est un peu trop galvaudée aujourd’hui. Les personnages ne sont jamais inquiétés car personne ne remonte jamais leurs traces alors qu’ils ne prennent aucune précaution ! 

Partie 3 : Armements de pointe et Gadgets divers

Quand il a visionné les scènes tournées pour l’épisode « 4×07 Intrigues en sous-sol », Joss Whedon s’est aperçu que Spike frappait beaucoup trop d’humains lors de son évasion et du combat dans le dortoir universitaire alors que la puce qu’on venait de lui implanter était justement censée éviter cela. Ces scènes ont donc ensuite été montées afin d’alléger au maximum cet aspect mais Whedon considère néanmoins cet incident comme « l’un des plus grands cafouillages » de toute la série.

Avec l’Initiative et son univers aseptisé qui embrasse la science-fiction, on en a pour notre argent ! Ascenseur avec contrôle de la rétine et contrôle vocal comme dans un James Bond, vitrages blindés en polypropylène et électrisés qui résistent aux chocs pour tenir à distance des démons un peu trop virulents, armes à impulsion énergétique capable d’envoyer des décharges électriques presque aussi efficacement que les armes Goa’ulds dans Stargate SG-1, et même des capteurs thermiques longues distances capables de détecter la présence d’un vampire à travers les murs ! On ne pourrait même pas faire une liste exhaustive de tous les gadgets ahurissants que l’on peut voir (capteurs de phéromones de démons !) tellement on en voit, parfois sans trop savoir à quoi ça sert.

Que l’armée (ou en l’occurrence une branche secrète de l’armée) dispose de technologies de pointe bien avant la commercialisation au grand public de celle-ci n’est pas si extraordinaire. Internet, téléphones portables, caméras thermiques, drones et autres technologies de l’industrie spatiale étaient déjà dans les mains des armées avant que l’on en dispose dans nos foyers au quotidien. C’est plus le fonctionnement de ces technologies qui étonnent et paraît surréaliste. Avec l’Initiative, on est plus dans le domaine de la magie que de la science. Or les scénaristes voulaient justement s’approcher de la science pour l’opposer à la magie. Mais arrêtons-nous sur les plus incohérentes de toutes ces technologies : les petites puces

Ces petites puces qui nous démangent !

Spike se retrouve doté d’un implant neuronal qui lui inflige une grande souffrance chaque fois qu’il veut s’en prendre à un humain. En revanche, le stimulus ne se déclenche pas s’il s’en prend à un démon, comme si les puces déchiffraient les pensées et les réflexions de leurs porteurs ! Donc l’implant, qui impose la modification comportementale, à l’intérieur du crâne de Spike fait la différence entre les races ! Soit le professeur Angleman et son équipe sont des ingénieurs de haut vol qui sont parvenus à déchiffrer les signaux du cerveau mieux que la science ne sait le faire en 2020, soit c’est une facilité scénaristique. On vous laisse deviner laquelle des deux est notre hypothèse. Alors qu’on nous expliquait que la puce de Spike était impossible à déloger dans l’épisode « 5×04 Quand Spike s’en mêle », on finit par nous confirmer que si, on peut finalement la retirer facilement dans « 7×13 Duel ». Suffisait juste que les scénaristes en ait besoin pour leur scénario !

  

Riley aussi, on finit par l’apprendre, possède une puce qui le démange. Logée dans sa poitrine, près du grand pectoral gauche, au niveau du cœur. Celle-ci décuple ses capacités. Et si Adam prend le contrôle de sa puce à distance (et oui, c’est possible !), il eut faire de Riley son petit chien ! Le plus dingue, c’est de voir Riley s’arracher lui-même l’implant pectoral à vif en trifouillant dans ses organes internes (berk !), pour se battre avec une grande aisance contre un cyborg dans l’instant suivant ! En bref, dans ce domaine aussi, Buffy était en avance sur son temps (aujourd’hui des implants peuvent maintenir en vie des cardiaques, et on assiste en 2024 aux balbutiements des nanorobots pour soigner les cancers et les maladies héréditaires), mais hélas la réalisation est confuse et hasardeuse.

Braquer une banque, un musée ou même un parc d’attraction n’est pas un problème pour Warren et ses deux compagnons qui rivalisent d’ingéniosité pour nous trouver le gadget qui rédoudra tous leurs soucis. Et outre le fait qu’il n’y a jamais aucune sécurité efficace dans ces lieux (Peut-on vraient entrer par le toit d’un musée sans craindre les caméras ni la réaction d’un vieux gardien à peine étonné de voir trois mecs habilés en noir devant les vitrines ? Oui, me direz-vous, puisque Buffy, Giles, Alex et Willow y entraient déjà comme dans un moulin dans « 2×04 La momie Inca »), Warren est un touche à tout, qui, en des temps records, fabriquent des technologies qui pourraient à elles seules changer l’évolution humaine. Des technologies qui frôlent quand même le ridicule !

Des technologies tactiques à faire pâlir d’envie la Défense Américaine !

Rendez-vous compte que Warren Mears a inventé le rayon réfrégireant, et après lui le rayon d’invisibilité, et encore après lui le propulseur aérien ? Sans compter tout un tas d’autres trucs parfaitement inutiles – quoique le gadget pour faire des femmes vos esclaves sexuelles peut se discuter ! Comment un tel cerveau, capable de toucher à tout, de penser à tout, de créer des robots humanoïdes parfaits peut-il être aussi puéril dans sa vie de tous les jours ? Toutes ses inventions auraient pu faire de lui une superstar internationale et lui apporter la gloire, la richesse, la reconnaissance, et les femmes sans doute ! Drôle d’idée de choisir la voie de la clandestinité et de la délinquence quand vous pouvez surpasser Elon Musk, Bill Gates ou Jeff Bezos !

Les meilleures armées de l’Occident, Etats-Unis en tête, rêveraient d’avoir des systèmes d’engrenages permettant de tailler en pièces des maisons à la scie circulaire, d’hypnotiser les individus, de devenir inviisble sur les champs de batailles ou pour des missions d’infiltration. Le français Franky Zapata, qui aura attendu 2019 pour faire la traversée de la manche en flyboard et ainsi devenir le premier homme-volant, aura quant à lui été devancé de 18 ans par Warren Mears ! Bref, la trajectoire personnelle de Warren est un gâchis au regard de ce qu’il aurait pu être !

Mais il faut bien admettre que ces technologies de pointe (aidée sans aucun doute par la magie comme avec ce cristal étrange qui devient la pièce maîtresse du rayon à invisibilité – ce qui aide à digérer cette approche idiote de la science fiction) flirtent avec le ridicule. Le rayon de glace qui permet de transformer en homme de glace celui qui est visé parvient à être encore plus ringard que les armes à énergie employées par l’Iitiative !

Un dispositif d’espionnage qui ferait rougir les services secrets !

Si dans « 6×05 Tous contre Buffy », on voit que Warren, Andrew et Jonathan parviennent sans la moindre difficulté à se connecter aux réseaux de caméras de l’université (des caméras qui n’étaient pas présente dans les épisodes précédents d’ailleurs), ce qui reste à la portée d’un bon pirate informatique, il est en revanche beaucoup plus déconcertant de voir qu’ils installent aussi leurs propres dispositifs de surveillance là où il n’y en a pas. Tout ça incognito bien sûr, et sans recharge énergétique puisque les caméras déposées ici et là ne sont pas reliées sur secteur ni à aucune batterie, et donc alimentée par le néant !

On apprendra en effet en fin de saison 6, dans l’épisode « 6×18 Entropie », que le trio espionne depuis de nombreux épisodes les moindres faits et gestes de la Tueuse et de son entourage. Une caméra est postée à l’intérieur d’un nain de jardin planté dans l’allée de sa maison, et relié on ne sait à quoi, mais manifestement sous tension. Les trois geeks vont-ils chaque jour remplacer les piles sans se faire prendre ? Idem pour le crâne exposé dans une étagère de la Magic Box, qui fort heureusement pour le trio n’a pas été vendu ni déplacé depuis tout ce temps ! Et on a même vu mieux avec cette « bouloche maléfique » posée sur le gilet de Buffy dans « Tous contre Buffy » qui servait de micro-caméra (ou plutôt de nanotechnologie à ce stade là) haute résolution. Une prouesse à peine égalée de nos jours avec les meilleures caméras cachées.

Même l’Initiative ne disposait pas d’un tel niveau de technologie en dépit des financements dont on imagine aisément qu’ils bénéficiaient pour surveiller leurs hommes (« 4×13 Piégée »). On avait bien eu les jumeaux Allemands dans « 3×05 Le bal de fin d’année », qui disposaient de véritables bijoux de technologie en matière de traçage, de mise sur écoute et de surveillance électronique, mais ils se sont discrédités en mourrant bêtement en retournant leur technologie contre eux ! On attendrait d’un commando expérimenté qu’ils se mettent à couvert dès que les balles fusent en leur direction, et non pas qu’ils restent sous le feu de l’ennemi à tirer bêtement sur une cible qu’ils ne voient même pas. Ces terroristes sont-ils vraiment les redoutables tueurs qui ont commis un attentat en Allemagne ?


Le cas Adam

Adam est le personnage parfait pour conclure ce dossier sur la technologie, la science et le réalisme, lui qui fait le trait d’union entre le Fantastique et la Science-Fiction. C’est un Frankenstein des temps modernes, une créature issue de la science, affublé de petits bijoux technologiques. Cet être biomécanique et ciné-mécanique peut avaler des disquettes par le torse (sans jamais les recracher !), brancher des câbles sur ses ports USB directement incorporés à son casque, et dispose d’une sulfateuse repliable qui prolonge son bras en cas de besoin (on ne demande même pas comment elle est contenue et dissimulée à l’intérieur de son avant-bras le reste du temps sans qu’il ne ressente de gêne interne). Mais Adam, avant d’être un être de science-fiction, est un monstre tout droit sorti du bestiaire purement fantastique de la série, hybride de plusieurs morceaux choisis de démons greffés au squelette humain d’un homme dont on ne connaîtra jamais le nom. Adam est un être surréaliste avec un aspect tellement rudimentaire qu’on se demande bien comment le projet 314 a pu aboutir aussi bien. Néanmoins, comme le personnage est cool et donne lieu à des scènes d’action musclées et chorégraphiée façon Matrix, on accepte sans trop poser de question. Nul doute qu’une série comme Fringe aurait pondu un Adam beaucoup plus crédible et réaliste.

Doug Petrie, scénariste, souligne qu’avec l’Initiative, c’est la première fois que la série se rapproche de la science-fiction. Plusieurs scènes du début de l’épisode, quand Spike est enfermé dans la base souterraine de cette organisation, ont comme inspiration les séries Star Trek et Le Prisonnier. L’Initiative est clairement en dehors de l’univers habituel de Buffy, ce qui était le but recherché. L’un des agents gouvernementaux qui viennent recruter Angel en 1943  évoque une nouvelle agence nommée Demon Research Initiative, qui deviendra plus tard l’Iitiative.

 

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